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Après une enquête au préalable, ensemble de lettres anonymes adressées sans expéditeur à diverses personnes choisies dans l'annuaire - 2006

 

 

 

 

 

 

Guillaume Gourment
16 bd Fourmies
59100 ROUBAIX

 

Paris, le 12 février 2006

 

Cher Guillaume,


J’ai une sacrée histoire à vous raconter :
Il y a quelques années, je suis partie à Flassigny (entre Sedan et Longwy) avec des personnes handicapées mentales. Nous avions décidé de découvrir un fameux ossuaire et ce fut horrible, forcément, dans un cimetière, toutes attroupées devant cette sorte de chapelle dont les murs s’empilaient de crânes et de tibias, pensez donc, j'en garde une image assez lugubre. Des inscriptions en latin nous rappelaient à l’ordre, une angoisse planait chez les plus ralenties de mes camarades qui semblaient chuter à l’abattement le plus complet. Je réussissais tout de même à prendre quelques photos, mais pas des numériques, je n’avais qu’un vieux Kodak sans flash, aussi celles que je prenais étaient ratées, trop sombres. N’ayant pu capturer ce qui nous minait, toutes, je ne peux aujourd’hui que me rabattre sur ce qui hante encore mon esprit.
Mais rassurez-vous Guillaume, je ne vais pas m’attarder là-dessus. Je ne vous écris pas pour vous saper le moral !
Passé cet épisode, et pour nous remettre de nos émotions, mes camarades et moi avons eu l’idée de préparer une tartiflette. Moi qui détestais le fromage à part le Gouda, le Chimay, le Maredsous et autres exceptions à pâte dure, je me réconciliais avec le Reblochon qui, mélangé aux oignons et aux lardons, me donnait l’impression d’une découverte.
Parce que, pour tout vous dire, à 11 ans, je me souviens d’être partie avec l'école en car pour 2 semaines à Marcinelle-en-Montagne. C'est près de Flumet, dans les Alpes Françaises. Marcinelle-en-Montagne est jumelée avec Marcinelle de Belgique, triste réputation car c'est la ville de Dutroux, où j'allais à l'école en maternelle, primaire, puis secondaire. Donc, tous les élèves de 11 ans allant à l'école dans la région de Marcinelle partaient 15 jours dans les Alpes pour apprendre à skier et passer leur 1ère étoile. Je n’ai pas échappé à la règle et en revenant de là, ma meilleure amie, Elodie, avait acheté plusieurs Reblochon car sa famille adorait le fromage. Le problème, c’est que dans la chaleur de sa valise, les Reblochon avaient coulé. Ça avait pué dans le car pendant les douze heures du retour. Merci Elodie.
C’est donc à Flassigny, mon cher Guillaume, lors de ma semaine avec des personnes handicapées mentales, que j'ai appris comment faire une bonne tartiflette, pour nous remettre de nos émotions de l'ossuaire. Et depuis, j’ai l'immense bonheur d’en manger régulièrement, comme ce soir, en plein été, et oui, le bonheur n’a pas de saison !
Alors, pour 2 personnes, il faut 1/2 reblochon, 1 oignon, 200gr de lardons, 6 cuillères à soupe de crème fraîche (oui, c'est riche comme plat), 4 pommes de terre à chair ferme.
Tout d'abord, mettre à cuire les pommes de terre dans de l'eau bouillante et salée. Le mieux, quand on les cuit, c'est de les mettre dans l'eau froide. Je ne sais pas pourquoi mais ça change vraiment le goût (enfin je trouve). C'est ce qu'on appelle la cuisson « à l'anglaise » je crois.
Pendant que les pommes de terre cuisent, on émince l'oignon, mais pas trop finement, et on le fait transpirer 2 ou 3 minutes dans une cuillère à soupe d’huile, puis on ajoute les lardons et on laisse cuire sur feu vif pendant 3 ou 4 minutes. Quand je fais les oignons et les lardons, j'évite de mettre la hotte, sinon ça cuit plus fort parce que le jus s'évapore trop vite, et puis ça attache, ça pue et ça donne un mauvais goût. Donc mieux vaut éviter.
Après il faut attendre un peu que les pommes de terre aient fini de cuire ; pour voir si c'est bien cuit, on pique avec un couteau, s'il entre facilement, la cuisson est finie.
On coupe les pommes de terre en tranches (j'ai essayé une fois de couper en tranches avant de les mettre à cuire mais j'ai laissé trop longtemps dans l'eau alors elles sont devenues farineuses) et on les place dans le fond d'un plat à gratin préalablement beurré (le mien est un plat pour deux personnes, il mesure à peine 30 cm de long sur à peine 20 cm de large). Au-dessus des pommes de terre, on fait une couche d'oignons-lardons, puis une couche de Reblochon coupé en petits morceaux ou en tranches (selon les goûts), puis à nouveau une couche d'oignons-lardons, puis encore du Reblochon s'il en reste. On termine en versant quelques cuillères à soupe de crème fraîche et hop on enfourne à four très chaud. Le plat ne doit pas rester longtemps dans le four parce que tout est déjà cuit. Il faut surveiller la cuisson et quand le fromage est bien doré et gratiné sur le dessus, hop c'est prêt ! En plus on peut le cuisiner à l’avance, comme ça c'est déjà cuit pour le souper du soir, et de toutes façons c'est encore meilleur quand c'est réchauffé.
Une variante consiste à faire un grand plat avec plusieurs étages de pommes de terre et plusieurs étages d'oignons-lardons, puis de couper la couenne du Reblochon que l’on met tel quel sur le tout. Une autre consiste à couper le Reblochon en deux dans l’épaisseur et à en recouvrir le plat afin que ça coule bien partout.
Ensuite il ne suffit pas de se goinfrer, il faut user de la bonne langue, par exemple lorsque votre mari est sorti et que votre fille vous demande s’il est là, et bien vous dites : « Nan il est po lo…» C'est pas du Français ça, c'est du Ch'ti et ça sonne bien ! Donc faut pas hésiter à faire remonter le patois. Y'a que les gens du Nord qui parlent comme ça et ça se marie bien avec une bonne Tartiflette en hiver comme en été !
En fait, j’aurais voulu savoir ce que vous en pensiez, vous qui avez l’habitude des bonnes choses. J’aurais surtout souhaité m’en remettre à vous pour obtenir quelques conseils culinaires, afin de varier un peu, voyez-vous ? Car je m’ennuie avec ma tartiflette.
En fait, pour être très franche (tant qu’à faire, je vous dis tout), je n’ai pas de famille, je n’en ai jamais eu, ni mon père ni ma mère, ni ma fille, ni mon mari, je n’ai même pas de pays, pensez-vous… La tartiflette m’a beaucoup consolée, mais bon…
Pourriez-vous m’inviter chez vous ? J’aimerais beaucoup manger avec vous.
Je serai lundi à 18h30 devant votre porte, M. Gourment, libre à vous de me faire monter ou pas. Nous avons des choses à nous dire. Vous me reconnaitrez immédiatement, vous verrez, je suis assez fatiguée et j’ai besoin de venir me reposer à Roubaix, surtout chez vous !
À lundi,

 

Helena